La maîtrise d’œuvre, notamment lorsque les projets se situent dans des sites protégés, des jardins historiques, des centres anciens ou au contact direct de vestiges archéologiques, est une des prérogatives d’un paysagiste du patrimoine. L’approche technique consiste à assurer la cohérence entre intention paysagère, patrimoine bâti, usages contemporains et contraintes environnementales. Le rôle du maître d’œuvre paysagiste inclut l’ensemble des phases de conception du projet de paysage (phases DIAG, AVP, PRO, DCE), d’analyse des offres remises par les entreprises (ACT), de suivi des travaux et de contrôle de la qualité de mise en œuvre (VISA, DET et AOR). Cela garantit une maîtrise complète du projet, depuis l’analyse initiale jusqu’à la réception du chantier.
Dans le cadre d’une maîtrise d’œuvre en site classé ou inscrit, l’attention portée au sol, au végétal, à la gestion des eaux pluviales, aux structures archéologiques et aux continuités écologiques est déterminante. L’un des principes essentiels mis en œuvre par le paysagiste du patrimoine consiste à adapter les espaces aux effets du changement climatique : confort thermique, choix raisonné des essences, infiltration naturelle de l’eau, réduction des surfaces minérales, systèmes de noues, optimisation de l’évapotranspiration.
Les interventions présentées, telles que la requalification de l’esplanade du château de Montbéliard, la création de jardins au sein de l’îlot Saint-Germain, la restauration de l’Allée du Fleuriste au Palais de Compiègne, ou encore le réaménagement du théâtre antique du Vieux Poitiers, montrent comment la dimension patrimoniale structure chaque étape du processus.
À l’îlot Saint-Germain, par exemple, l’introduction de jardins suspendus, de cœurs d’îlots végétalisés et de plantations diversifiées crée un gradient écologique permettant d’améliorer la qualité de vie tout en respectant la valeur patrimoniale du bâti. De même, à Montbéliard, le projet révèle les vestiges enfouis de l’ancienne église Saint-Maimbœuf en re-configurant entièrement l’esplanade afin de préserver le sol archéologique et de mettre en scène la relation au paysage.
La maîtrise d’œuvre en patrimoine exige enfin un dialogue constant avec les ACMH, les architectes du patrimoine, les services de l’État, les bureaux d’études spécialisés et les gestionnaires. Les projets menés démontrent une capacité affirmée à produire des couples de principes, axonométries, coupes techniques, relevés de terrain précis, et à traduire les intentions en prescriptions opérationnelles mesurables : choix des substrats, dimensionnement des fosses de plantation, traitements des revêtements, implantation pointée des arbres, matériaux compatibles avec l’histoire du site.
Cette approche technique, nourrie d’une sensibilité au vivant, garantit des projets robustes, contextualisés, évolutifs et respectueux des valeurs culturelles et paysagères. La maîtrise d’œuvre devient alors un acte de médiation entre passé et futur, capable de révéler l’identité d’un site tout en lui offrant une fonctionnalité contemporaine adaptée aux usages et aux enjeux environnementaux actuels.